
C'est l'histoire d'un jeune garçon vivant dans le ghetto de Watts, à Los Angeles, à la fin des années 1930.
Il a des ancêtres africains, asiatiques, européens…
Mais pour les Etats-unis, c'est un noir, un point c'est tout.
Ce jeune homme baigne dans la musique classique.
Ses frères et sœurs jouent de divers instruments.
Le jeune garçon aime le violoncelle et en joue.
Il aimerait donc en faire carrière.
Mais cette carrière, on la lui refuse.
Imagine-t-on sérieusement un nègre jouer les suites pour violoncelle de Bach?
Jouant au sein d'un orchestre symphonique?
Jouant correctement de la "Grande musique"?
Grotesque!
On lui conseille plutôt,
s'il veut vivre de sa musique,
de jouer d'un instrument qui lui correspond,
de jouer d'un instrument de noir,
et puisqu'il aime le violoncelle, qu'il apprenne la contrebasse.
Ce jeune homme c'est Charles Mingus.
Qui deviendra un des plus grand bassiste de l'histoire du jazz,
un chef d'orchestre charismatique,
un catalyseur,
un ouragan.
Car Mingus n'a pas digéré le racisme,
n'a pas digéré d'être classé une fois pour toute comme un nègre,
comme un inférieur,
comme "moins qu'un chien",
pour reprendre le titre de son autobiographie.
Toute sa vie Mingus a été un type en colère,
un type pas facile,
un colérique,
un volcan ambulant,
violent et bagarreur,
injuste,
obscène,
impétueux,
vantard,
révolté permanent,
en guerre permanente contre la société blanche américaine qui lui a claqué la porte au nez.
Bref, un type attachant,
un ogre gargantuesque,
"bigger than life",
doté aussi d'un grand cœur chaleureux.
Son arme, c'est le jazz,
un jazz à son image, expressionniste,
exalté et tumultueux,
sale et gueulard,
un jazz imprégné du blues des tripots,
du blues des champs de cotons et des pénitenciers
imprégné du gospel sauvage des petites église rurale,
gospel qui martèle la détresse et l'angoisse - mais aussi l'espérance -
jusqu'à la transe.
Pour jouer sa musique,
Mingus construit des orchestres comme des machines infernales,
en s'entourant de musiciens aussi ravagés que lui,
des desperados jusqu'au-boutistes,
des musiciens qui mouillent la chemise,
qui balancent un gros son comac plein de bruit et de fureur,
et qui jouent le jazz avec les tripes,
dans l’urgence et à l'arrache.
Mingus, agrippé au manche de sa contrebasse,
organise avec soin un bordel sauvage et joyeux, ,
aussi débridé que remarquablement agencé.
Mingus est décédé le 5 janvier 1979,
il y a juste - ou presque juste - trente ans.
Si vous ne le connaissez pas,
découvrez le en lisant le "Tous sur Mingus project",
soit les contributions de bloggueurs frappés de jazz qui se sont entendus comme larrons en foire pour évoquer chacun leur aspect favori du grand Mingus.
On trouvera chez
Z et le jazz: "Change One & Change Two"
chez
mysterio jazz: "les relations de Mingus avec Dolphy"
chez
jazzque : "Mingus plays Piano"
chez
jazzocentre : "Oh Yeah!"
chez
native dancer : ""Charles Mingus presents Charles Mingus""
chez
ptilou's blog : "Moins qu'un chien, l'autobiographie de Mingus"
chez
maitre chronique : "Mingus Ah! Hum!"
chez
Le l'ivre d'images : "Blues and roots"
et chez
the backstabber : "Tijuana moods".